‘Mes seuls dieux’, d’Anjana Appachana. Femmes indiennes au bord de la crise de nerfs

Un véritable petit trésor que voici : un délice indien savamment équilibré, épicé souvent, sucré parfois mais toujours subtilement acide, véritable manifeste féministe (sous de faux airs sarcastiques) au pays d’Indira Gandhi, découvert grâce à l’édition en format poche de ce recueil de huit nouvelles aussi exquises dans la forme que cruelles sur le fond.Lire la suite « ‘Mes seuls dieux’, d’Anjana Appachana. Femmes indiennes au bord de la crise de nerfs »

‘Génération offensée’, de Caroline Fourest. À la recherche de l’altérité perdue

« Pour ne pas froisser leurs élèves, et leur identité, les professeurs doivent désormais émettre des trigger warnings, des ‘avertissements’. Pour que les étudiants sensibles puissent quitter le cours avant d’être heurtés. Un peu comme les avertissements pour enfants lorsqu’un film violent ou porno passe à la télévision. Sauf qu’il s’agit d’adultes, de cours àLire la suite « ‘Génération offensée’, de Caroline Fourest. À la recherche de l’altérité perdue »

‘La route des Balkans’, le drame migratoire. « Wir schaffen das ». « Nous y arriverons »

aux sacrifiés de Parndorf (« Promets-moi, quoi qu’il arrive, de rester honnête, de ne jamais toucher à la drogue et de ne pas faire le mal ») « Il est au volant depuis une demi-heure, quand le camion est secoué de spasmes. Une embardée du moteur ? Un pneu éclaté ? Non, juste de petitesLire la suite « ‘La route des Balkans’, le drame migratoire. « Wir schaffen das ». « Nous y arriverons » »

‘Génération Ocasio-Cortez’. Le nouvel activisme US : modèle pour la gauche française ?

Occupy Wall Street, Sunrise (les architectes du Green New Deal), Justice Democrats, Black Lives Matter, Me Too, Women’s March, Rebellion Exctinction : autant de mouvements, d’organisations citoyennes, d’appels à la convergence des forces contestataires de la société civile nés sur « le fumier de l’ère Trump » (à l’exception d’Occupy Wall Street, 2011, mais le mouvement a laissé sa marque sur le mode deLire la suite « ‘Génération Ocasio-Cortez’. Le nouvel activisme US : modèle pour la gauche française ? »

‘La femme révélée’, de Gaëlle Nohant. Photographie d’une époque en ébullition

Le dernier ouvrage de Gaëlle Nohant, l’auteure de ‘La part des flammes’ (2015, ed. Héloïse d’Ormesson), est trompeur. Les premiers chapitres laissent croire au lecteur qu’il s’aventure dans une romance, celle d’une privilégiée de la Gold Coast (quartier résidentiel huppé de Chicago) et – prédit le lecteur méfiant – d’un robuste gaillard maniant le verreLire la suite « ‘La femme révélée’, de Gaëlle Nohant. Photographie d’une époque en ébullition »

‘Nul chemin dans la peau que saignante étreinte’ : une pépite signée Jean D’Amérique

« les rues sont anonymes à force de crimes ambulants tour de flammes dans le dos, ma ville se gave de canons frais, chante la vie affaissée contre la page, elle voit tomber des humains comme elle voit chuter la pisse » Les gangs trinquent à la victoire, affalés sur des cadavres défigurés, célèbrent par rafalesLire la suite « ‘Nul chemin dans la peau que saignante étreinte’ : une pépite signée Jean D’Amérique »

‘Naître ici’, de Nassuf Djailani. Antidote poétique aux temps maussades

« l’errance est pourvoyeuse de surprises le corps d’un sarcophage de mémoires endormiesdes reptiles en digestion y dorment d’un sommeil de mille ansy naviguent des désirs de fraternité » La saison n’est guère propice aux vagabondages physiques, certes, mais elle l’est – pour qui veut s’éloigner un temps de la lourdeur de l’époque – auxLire la suite « ‘Naître ici’, de Nassuf Djailani. Antidote poétique aux temps maussades »

‘Oscar De Profundis’, la star de l’Apocalypse. Une dystopie glaçante de C. Mavrikakis

      « Une semaine et on verrait la fin de cette saloperie. Puis, le beau temps serait de la partie. On oublierait vite. C’est ainsi que la peste s’était manifestée partout à travers la planète. »La « peste » : la fièvre noire, un mal inconnu se répandant depuis peu dans le monde entier, n’infectant opportunément queLire la suite « ‘Oscar De Profundis’, la star de l’Apocalypse. Une dystopie glaçante de C. Mavrikakis »

‘Le chant des marées’, de Watson Charles. Ressac poétique

Ayiti, « la montagne dans la mer » : comment Caraïbe pourrait-elle jamais quitter la mémoire de ses enfants bannis, ceux qui ont abandonné ses rivages, emportés au loin par les tourbillons de l’Histoire, par les tempêtes opportunes trop heureuses de semer zizanie dans la vie de la cité (« La nuit a précédé mon poème /Lire la suite « ‘Le chant des marées’, de Watson Charles. Ressac poétique »

Catherine Mavrikakis : mémoire à vif et plume au clair

     Catherine Mavrikakis, écrivaine-universitaire vivant au Québec, en est à son septième roman et c’est tout à l’honneur de la maison d’édition Sabine Wespieser que de proposer son œuvre puissante et stimulante au plus grand nombre ici, dans l’hexagone. Car il faudrait manquer sévèrement de flair pour passer à côté. La dame Mavrikakis (de mère française et de pèreLire la suite « Catherine Mavrikakis : mémoire à vif et plume au clair »

‘Mur Méditerranée’, de Louis-Philippe Dalembert. Naufrage collectif

« Le maton balaya les visages déformées par les brimades et les privations quotidiennes, avant de figer la lumière sur l’un d’eux, le crispant de terreur. Le hangar résonna d’un « You ! Out ! », accompagné d’un geste impérieux de l’index. La fille désignée s’empressa de ramasser sa prostration et le balluchon avec ses maigres affairesLire la suite « ‘Mur Méditerranée’, de Louis-Philippe Dalembert. Naufrage collectif »

‘Conservez comme vous aimez’, de Martine Roffinella : délire en boîte

« Le Papa-Psy lui répète trois fois par semaine : « N’oubliez pas les cachets, hein Sibylle. À sept heures puis à dix-neuf heures sans faute. Pas de bêtise, n’est-ce pas ? » » Papa-Psy aurait peut-être dû insister davantage, répéter cinq ou six fois ses recommandations, augmenter d’autorité le nombre de séances hebdomadaires. Car Sibylle prend t-elle ses cachetsLire la suite « ‘Conservez comme vous aimez’, de Martine Roffinella : délire en boîte »

‘Failles’, de Yanick Lahens. Penser Haïti

 « Nous l’aimions, malgré sa façon d’être au monde qui nous prenait souvent à revers de nos songes. Nous l’aimions têtue et dévoreuse, rebelle et espiègle. Avec ses commotions d’orage et de feu. Avec sa gouaille au mitan d’un déhanchement de carnaval. Ses secrets invisibles. Ses mystères maîtres des carrefours la nuit. Ses silences hallucinés.Lire la suite « ‘Failles’, de Yanick Lahens. Penser Haïti »

‘Belle merveille’, de James Noël: Haïti, répliques poétiques

Peu festif anniversaire ce mois pour tous les Haïtiens, habitants de la ‘perle des Antilles’ ou membres de la diaspora. Janvier 2010-janvier 2020. Dix ans se sont écoulés depuis le drame. Depuis la disparition des proches infortunés. Incompréhension des survivants, rage devant la lenteur de la reconstruction et l’inertie d’un pouvoir désorganisé (litote); réminiscences brutalesLire la suite « ‘Belle merveille’, de James Noël: Haïti, répliques poétiques »

‘La fille du troisième’ : Sappho et Eros sortent les flingues (enquête d’amour)

Quoi de neuf du côté de chez Swany(essayez, vous, de ne pas devenir romantique avec un tel prénom. Merci du cadeau) ? Beaucoup de doutes et de changements dans la vie de cette jeune inspectrice parisienne, lesbienne, sensible, ô combien attachante, si facilement emportée par ses multiples passions. Il en faut du souffle, au lecteur,Lire la suite « ‘La fille du troisième’ : Sappho et Eros sortent les flingues (enquête d’amour) »

‘Girl’, d’Edna O’Brien. Les filles perdues de Boko Haram

‘Girl’ est l’histoire d’une fuite, d’une fuite échevelée pour semer la mort, d’une course désespérée pour la survie et même – pauvre folle ! – pour l’espoir insensé d’une résilience dans un pays sans frontières : celui de la peur et du fanatisme religieux.‪« Au milieu de toute cette prière, de ces mea culpa etLire la suite « ‘Girl’, d’Edna O’Brien. Les filles perdues de Boko Haram »

‘J’ai dû vous croiser dans Paris’ : les déambulations sensibles de Fanny Saintenoy

L’objet en lui-même fait sursauter : il est de toute petite taille. Broché, dessin apaisant en guise de cape (en période d’aigreur et de tensions XXL, ça dénote), doté d’une mise en page aérée mais pourtant son format est proche du poche, pensé pour se laisser transporter dans les replis de la veste, du jean,Lire la suite « ‘J’ai dû vous croiser dans Paris’ : les déambulations sensibles de Fanny Saintenoy »

Makenzy Orcel, fils d’Haïti : la plume dans les plaies. Etude d’une oeuvre de feu

Makenzy Orcel est né en 1983 à Port-au-Prince. Poète, écrivain il a sauté l’étape du ‘jeune auteur prometteur’ pour s’imposer dès la sortie des ‘Immortelles’ en 2010 comme une figure majeure de la littérature francophone. Primé, médaillé, complimenté par ses pairs, encensé par la critique germanopratine : Makenzy Orcel est un écrivain reconnu suivi parLire la suite « Makenzy Orcel, fils d’Haïti : la plume dans les plaies. Etude d’une oeuvre de feu »

‘L’Ombre Animale’ (Makenzy Orcel) : regard d’outre-tombe sur Haïti l’infernale

Dans ‘Les Latrines’, Makenzy Orcel donnait à ses lecteurs accès direct aux pensées sans filtre de ses personnages-guerriers embourbés dans un quotidien sans espoir, captifs écorchés d’Haïti, l’île infernale. Belle et fascinante Haïti oui, mais comme peuvent l’être les fleurs des plantes les plus carnivores. L’écrivain poursuit avec ‘L’Ombre Animale’ sa quête hypnotisante des ressortsLire la suite « ‘L’Ombre Animale’ (Makenzy Orcel) : regard d’outre-tombe sur Haïti l’infernale »

‘Les Latrines’ : de la poésie résistante de Makenzy Orcel aux effluves de la misère

Effluves de la pauvreté. Ivresse des profondeurs. Les majuscules de convention ont sauté (Orcel et les conventions…); chaque chapitre, sans titre ni numéro, est une longue phrase unique entrecoupée de virgules-alliées (la suffocation du lecteur n’étant pas un but en soi); les mots mordent, torturés, affluent à la vitesse des idées, s’enlaçant furieux, s’entrechoquant telsLire la suite « ‘Les Latrines’ : de la poésie résistante de Makenzy Orcel aux effluves de la misère »